L’essentiel : la constipation touche jusqu’à une femme enceinte sur deux, sous l’effet de la progestérone puis de la pression de l’utérus. Boire un peu plus de deux litres par jour, augmenter les fibres progressivement et marcher chaque jour suffit le plus souvent. Aucun laxatif, même à base de plantes, sans l’avis de votre médecin ou de votre sage-femme.
La constipation concerne une femme enceinte sur deux, et plus souvent celles qui y étaient déjà sujettes avant la grossesse. Une étude de l’université de l’Est de la Finlande, publiée en 2020 dans le BJOG, a compté 44 % de femmes constipées au deuxième trimestre et 36 % au troisième, contre 21 % chez des femmes du même âge qui n’attendaient pas d’enfant. Le trouble est gênant mais rarement sérieux. Il ne met pas le bébé en danger et n’augmente pas le risque de fausse couche, rappelle l’équipe médicale de Qare.
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Pourquoi le transit ralentit dès les premières semaines
La progestérone détend les fibres musculaires lisses de l’utérus, ce qui limite les contractions. Elle agit de la même façon sur l’intestin : le contenu avance plus lentement, le côlon réabsorbe davantage d’eau, et les selles sèchent et durcissent. Au troisième trimestre, deux facteurs s’ajoutent : l’utérus qui appuie sur les intestins, et une activité physique qui diminue souvent à mesure que suit l’évolution du ventre au fil des trimestres.
Les compléments de fer, prescrits pour prévenir une carence, ralentissent eux aussi le transit, d’après la fiche « Constipation et grossesse » du Vidal. Ne les arrêtez pas de vous-même. Signalez la gêne à la personne qui vous les a prescrits, elle pourra adapter la prise si besoin.
Combien boire quand on est enceinte
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) fixe l’apport adéquat en eau à 2,3 litres par jour pendant la grossesse, soit 300 ml de plus qu’en temps normal. Ce total inclut l’eau des aliments, qui en couvre environ un cinquième. Il reste donc un peu moins de deux litres à boire. Le rythme compte autant que la quantité : un grand verre au réveil, puis de petites gorgées au fil de la journée, sans attendre la soif.
Les reins travaillent davantage pendant ces neuf mois : ils filtrent environ 240 litres de sang par jour, contre 190 habituellement, selon des données présentées aux Entretiens de Bichat. Pour l’eau de tous les jours, une eau faiblement minéralisée évite de leur imposer des minéraux en plus à éliminer. C’est le cas de l’eau Mont Roucous pendant la grossesse, conforme à l’arrêté du 14 mars 2007 sur les eaux adaptées aux nourrissons, qui servira ensuite aux biberons. Quand le transit coince, une eau plus riche en magnésium peut s’ajouter de temps en temps.
Au troisième trimestre, l’utérus pèse aussi sur la vessie et les envies d’uriner se multiplient, surtout la nuit. Boire moins pour se lever moins souvent se comprend, mais la constipation s’en ressent. Mieux vaut boire davantage le matin et l’après-midi, puis alléger après le dîner. La couleur des urines sert de repère : claires ou jaune pâle, l’hydratation suit ; foncées, avec la bouche sèche, des maux de tête ou des vertiges, il manque de l’eau.

Les fibres, à augmenter par paliers
Les fibres retiennent l’eau dans les selles, leur donnent du volume et les assouplissent. Sans hydratation suffisante, elles produisent l’effet inverse et alourdissent le ventre, d’où l’intérêt de mener les deux de front. Qare cite les légumes cuits (haricots verts, épinards, courgettes, brocoli), les lentilles et pois chiches, le pain complet ou semi-complet, les poires, les pommes, les agrumes, ainsi que les graines de lin ou de chia.
Le son de céréales, souvent conseillé, demande plus de prudence. Ajouté aux plats, il peut provoquer des douleurs proches d’une colite, et Vidal signale qu’il peut contribuer à déminéraliser la femme enceinte. Les féculents complets (riz, pâtes, pain) font le même travail plus doucement que des cuillerées de son de blé saupoudrées sur un yaourt.
Les pruneaux et leur jus restent des classiques, à petite dose, car ils sont très sucrés. Augmentez les fibres progressivement, sur plusieurs jours : un intestin brusqué répond par des gaz et des ballonnements. Pour construire les repas de la semaine, une alimentation équilibrée pendant la grossesse donne les repères de base.

Aux toilettes, la position et l’horaire comptent
Retenir une envie, faute de temps ou par gêne dans des toilettes qui ne sont pas les vôtres, laisse les selles durcir un peu plus. Qare conseille de ne jamais se retenir et d’adopter une meilleure position : les pieds posés sur un petit tabouret font basculer le bassin, ce qui facilite l’évacuation et réduit la poussée.
Réservez-vous un moment au calme, à heure à peu près fixe, par exemple après le petit-déjeuner. Évitez de pousser longtemps : les efforts répétés favorisent les hémorroïdes de la grossesse, déjà fréquentes à cause du poids de l’utérus sur les veines. Un massage du ventre dans le sens des aiguilles d’une montre peut aider en début de grossesse. Passé le sixième mois, il devient difficile à pratiquer.
Marcher chaque jour, même lentement
Une demi-heure de marche par jour aide le transit, rappelle Qare en s’appuyant sur les repères de l’Assurance maladie. La natation et l’aquagym sont d’autres options douces, citées par Vidal, à valider avec votre sage-femme selon le déroulement de votre grossesse. Inutile de viser la performance : deux sorties de quinze minutes valent mieux qu’une heure prévue et jamais faite.
En automne, la lumière baisse tôt. Une promenade après le déjeuner s’installe plus facilement dans une journée qu’une sortie le soir, et l’air frais n’empêche pas de transpirer : glissez une gourde dans votre sac. Pour savoir quels efforts écarter, voici les exercices à éviter pendant la grossesse.

Laxatifs « naturels » : les plantes ne sont pas plus sûres
Le mot « naturel » rassure, à tort ici. Le séné, la bourdaine et l’aloès sont des laxatifs stimulants : ils forcent les contractions de l’intestin, et Vidal précise qu’ils doivent impérativement être évités pendant la grossesse, car ils peuvent déclencher des contractions de l’utérus. On les retrouve dans certaines tisanes « transit » et certains compléments vendus librement : lisez la composition avant d’acheter. Le bisacodyl, un laxatif stimulant en vente sans ordonnance, est lui aussi déconseillé pendant la grossesse selon sa notice officielle.
Si l’eau, les fibres et la marche ne suffisent pas, votre médecin ou votre sage-femme peut proposer un laxatif de lest, qui augmente le volume des selles, ou un laxatif osmotique, qui y attire l’eau. Le macrogol, par exemple, peut être utilisé pendant la grossesse d’après sa notice. L’huile de paraffine ne se prend que ponctuellement, car un usage prolongé réduit l’absorption de certaines vitamines.
Quand consulter sans attendre
Une constipation ne demande un traitement que si elle s’accompagne de lourdeurs, de crampes, de ballonnements ou de douleurs à la selle, rappelle Vidal. Moins de trois selles par semaine ne suffit pas à poser le diagnostic : certaines femmes vont à la selle deux fois par semaine sans aucune gêne.
Les douleurs de ventre demandent plus de prudence. Pendant la grossesse, elles peuvent venir de l’intestin comme d’autre chose, contractions comprises. Ne concluez pas seule qu’il s’agit d’une constipation, et appelez votre sage-femme, votre médecin ou votre maternité si :
- les douleurs sont intenses, durent ou reviennent à intervalles réguliers ;
- vous voyez du sang dans les selles ou sur le papier ;
- rien ne se passe depuis plusieurs jours malgré l’eau, les fibres et la marche ;
- vous hésitez à prendre un laxatif ou une tisane « transit ».
Juste après l’accouchement, la constipation est encore plus fréquente : l’étude finlandaise l’a retrouvée chez 47 % des femmes après une naissance par voie basse. Un mois plus tard, elles en souffraient même moins souvent que les femmes du groupe témoin.
Dès demain matin : un grand verre d’eau au réveil, une poire ou quelques pruneaux au petit-déjeuner, un tabouret au pied des toilettes et une demi-heure de marche dans la journée. Si rien ne change au bout de quelques jours, parlez-en à votre sage-femme avant d’ouvrir l’armoire à pharmacie.








