Cheveux et ménopause : ce qui change vraiment et comment réagir

Par Lisa Stars
Lecture: 8 minutes
Femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux fins châtains et gris passant la main dans sa chevelure près d’une fenêtre
Cheveux plus fins, plus secs, raie élargie : la ménopause change la chevelure.

L’essentiel : à la ménopause, la baisse des œstrogènes raccourcit la phase de pousse : les cheveux s’affinent, la raie s’élargit, les longueurs sèchent pendant que les racines peuvent graisser plus vite. En cas de chute marquée, une prise de sang (fer, thyroïde) passe avant toute conclusion hormonale. Chez la femme, le traitement local de référence est le minoxidil à 2 %, dont les effets se jugent au bout de plusieurs mois.

La baisse des œstrogènes raccourcit la phase de croissance du cheveu, appelée phase anagène. Les cheveux tombent plus tôt dans leur cycle et repoussent plus fins : la chevelure perd de la densité sans que la chute paraisse spectaculaire. Ce mouvement s’amorce souvent dès la périménopause, parfois des années avant les dernières règles.

Selon une enquête de la clinique britannique Newson Health, relayée par e-santé, 40 % des femmes disent perdre des cheveux pendant cette période. Ce chiffre recouvre des situations très différentes : une chute passagère, une alopécie qui s’installe, ou un problème qui n’a rien d’hormonal. Les distinguer change complètement ce qu’il faut faire.

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Ce que la ménopause change dans vos cheveux

Une densité qui baisse, surtout sur le dessus

Chez la femme, la perte est diffuse. On la repère rarement à la brosse, plus souvent au sommet du crâne : la raie centrale s’élargit, la queue-de-cheval perd du diamètre, le cuir chevelu se voit sous la lumière d’un plafonnier. Contrairement à ce qui se passe chez l’homme, la zone ne se dégarnit jamais complètement : des cheveux persistent, plus clairsemés.

D’après La Revue du Praticien, l’alopécie androgénétique est la cause la plus fréquente de perte de cheveux diffuse et durable chez la femme, en particulier après la ménopause. Elle combine une prédisposition familiale et l’effet des hormones androgènes, qui pèsent davantage une fois les œstrogènes en retrait. L’organisme britannique Women’s Health Concern rappelle de son côté que la plupart des chutes liées à la ménopause ralentissent avec le temps.

Femme d'environ 55 ans écartant ses cheveux bruns au sommet du crâne devant un miroir pour observer sa raie centrale
Une raie qui s’élargit peu à peu est le signe le plus fréquent.

 

Des longueurs plus sèches, des racines parfois plus grasses

À la ménopause, les glandes sébacées produisent moins. La fibre est moins protégée : les cheveux deviennent rêches, ternes et cassants, avec des frisottis sur le dessus. Mais la production de sébum dépend aussi des androgènes, comme le rappelle Le Quotidien du pharmacien, et la ménopause fait partie des périodes où le cuir chevelu peut au contraire graisser plus vite.

Beaucoup de femmes se retrouvent donc avec deux problèmes à la fois : des racines qui se salissent vite et des pointes qui cassent. Mieux vaut alors soigner ces deux zones séparément, plutôt que de choisir un seul shampooing « cheveux secs » ou « cheveux gras » pour toute la tête.

Gros plan sur des cheveux mi-longs mêlant mèches blond foncé et blanches, avec des frisottis sur le dessus
Longueurs sèches et racines plus grasses peuvent coexister après la ménopause.

 

Les cheveux blancs relèvent surtout de l’âge

Le blanchiment vient de l’arrêt progressif de la production de mélanine dans le follicule. C’est un phénomène lié d’abord au vieillissement, comme l’explique Allo Docteurs, qui coïncide avec la ménopause plus qu’il n’en découle. Le cheveu blanc a souvent une fibre plus rêche et prend moins bien la couleur. C’est pour cela qu’une coloration tient moins longtemps, et qu’un gris assumé paraît parfois plus sec qu’avant.

Avant d’accuser les hormones : les causes à vérifier

Une chute qui arrive autour de 50 ans n’est pas forcément hormonale. Deux causes fréquentes donnent le même tableau : la carence en fer et le manque d’hormones thyroïdiennes. Selon GPnotebook, la chute liée à une hypothyroïdie peut même être identique à celle d’une alopécie féminine. Elle régresse une fois la thyroïde traitée.

Le fer mérite une attention particulière après la ménopause. Sans règles, l’organisme perd très peu de fer, donc une carence n’a rien d’anodin. Le Vidal indique qu’une anémie par manque de fer chez une femme ménopausée impose de rechercher rapidement un saignement digestif, par coloscopie et fibroscopie. Une chute de cheveux peut être le signe qui déclenche ce bilan.

Des golfes qui se creusent vite sur les tempes, surtout avec de l’acné ou des poils nouveaux sur le visage, justifient un dosage de la testostérone. La Revue du Praticien le recommande pour ne pas passer à côté d’une tumeur qui sécrète des androgènes, une cause rare. Certains médicaments provoquent aussi des chutes : apportez la liste de vos traitements en consultation.

Ce que vous remarquez Piste possible Ce qu’on vérifie
Raie qui s’élargit lentement depuis des mois Alopécie androgénétique Examen du cuir chevelu, parfois trichogramme
Chute diffuse, fatigue, ongles cassants Carence en fer Ferritine et hémoglobine
Chute diffuse, cheveux secs et cassants Hypothyroïdie Bilan thyroïdien
Golfes rapides, acné, poils nouveaux Excès d’androgènes Dosage de la testostérone

En automne, une chute saisonnière peut s’ajouter à tout cela et brouiller la lecture. Elle se calme d’elle-même en quelques semaines. Ce qui persiste au-delà mérite d’être regardé de plus près.

Les traitements qui ont fait leurs preuves

Le minoxidil, traitement local de référence

Le minoxidil est une lotion à appliquer sur le cuir chevelu, vendue en pharmacie sans ordonnance, non remboursée et à prix libre. Le Vidal précise que chez la femme, c’est le dosage à 2 % qui est indiqué, le 5 % étant réservé à l’homme. Le dermatologue adapte parfois la forme, en prescrivant une mousse en cas d’intolérance au propylène glycol de la lotion.

Ce traitement demande de la patience. Les premiers signes de repousse apparaissent après environ quatre mois d’applications régulières. Son effet est suspensif : il dure tant qu’on poursuit le traitement, et l’arrêter ramène peu à peu à la situation de départ. Une pilosité sur le visage peut apparaître, plus souvent avec les concentrations fortes. Elle régresse à l’arrêt ou avec le temps.

Femme appliquant quelques gouttes de lotion avec une pipette sur la raie de ses cheveux châtains fins
Le minoxidil se dépose sur la zone clairsemée, jamais vers le front ni les tempes.
Attention

La lotion ne doit pas couler vers le front ni les tempes : c’est là que des poils indésirables peuvent apparaître. Appliquez-la raie par raie sur la zone clairsemée et lavez-vous les mains juste après.

Les traitements sur ordonnance

Quand le minoxidil ne suffit pas, le dermatologue peut prescrire un médicament qui freine l’action des androgènes, comme la spironolactone. Le Vidal lui reconnaît une certaine efficacité dans l’alopécie androgénétique féminine. Ces traitements se jugent au bout d’un an au moins. Le finastéride, souvent cité sur les forums, est réservé aux hommes et contre-indiqué chez la femme.

Et le traitement hormonal de la ménopause ?

Le Dr Philippe Assouly, dermatologue à l’hôpital Saint-Louis, estime que la perte de cheveux d’origine hormonale peut s’améliorer avec un traitement hormonal adapté. La Haute Autorité de santé réserve ce traitement aux symptômes de la ménopause qui gênent au point d’altérer la qualité de vie. Il se prescrit à dose minimale, après une information claire sur les risques.

Les cheveux entrent donc dans la discussion avec votre gynécologue ou votre médecin, au même titre que les bouffées de chaleur ou le sommeil. Ils sont rarement, à eux seuls, la raison de commencer un traitement hormonal.

Quand la densité a beaucoup baissé

Les poudres densifiantes colorées, saupoudrées sur la raie, masquent le cuir chevelu le temps d’une journée. Dans les formes sévères, le dermatologue peut prescrire une prothèse capillaire. L’Assurance maladie rembourse sur une base de 350 € : une perruque synthétique de classe 1 vendue à ce prix est prise en charge en totalité, et une perruque de classe 2 (au moins 30 % de cheveux naturels) est plafonnée à 700 €.

Une routine pour des cheveux qui ont changé

Le premier changement concerne le lavage. Un shampooing doux, appliqué seulement sur le cuir chevelu et massé du bout des doigts, nettoie les racines sans dessécher les longueurs. Brosser ou masser trop énergiquement étale le sébum : les racines graissent plus vite et les pointes s’abîment.

Sur les longueurs, un après-shampoing bien choisi à chaque lavage remplace le sébum qui n’arrive plus jusqu’aux pointes. Lisseur, fer à boucler et sèche-cheveux à pleine puissance sont à espacer : une fibre affinée casse plus vite sous la chaleur.

Les compléments alimentaires corrigent une carence prouvée par une prise de sang. Ils ne font pas repousser des cheveux qui manquent d’autre chose. Si le bilan montre des réserves de fer basses, votre médecin vous dira comment les remonter, et l’assiette y contribue avec les aliments les plus riches en fer. Prendre du fer « au cas où » peut masquer une cause qu’il fallait chercher.

La coupe qui redonne du corps

Sur des cheveux qui s’affinent, la grande longueur et les dégradés très effilés accentuent l’effet clairsemé : les pointes deviennent transparentes. Une ligne nette, carré au menton ou mi-long coupé droit, rassemble la masse et donne plus de corps. Des mèches fines ou un balayage discret créent du relief et détournent l’œil du cuir chevelu, à condition de ménager une fibre déjà sèche.

Femme de près de 60 ans aux cheveux noirs et gris coupés en carré court au menton, vue de trois quarts
Un carré net au menton donne plus de corps qu’un dégradé effilé.

 

Si vous êtes prête à raccourcir, les coupes courtes qui rajeunissent après 60 ans montrent comment chaque ligne se comporte sur une chevelure moins dense.

Quand prendre rendez-vous

Commencez par votre médecin traitant pour le bilan sanguin, puis voyez un dermatologue pour l’examen du cuir chevelu et le traitement. Consultez sans attendre si :

  • les cheveux tombent par poignées, ou des plaques sans cheveux apparaissent ;
  • la raie s’élargit nettement d’un mois à l’autre ;
  • des golfes se creusent aux tempes, avec de l’acné ou des poils nouveaux sur le visage ;
  • la chute s’accompagne d’une fatigue inhabituelle, d’un essoufflement ou d’une pâleur ;
  • le cuir chevelu démange, rougit, pèle ou fait mal.

Si vous envisagez un traitement hormonal, parlez de vos cheveux à votre gynécologue en même temps que des autres symptômes.

Pour suivre l’évolution, prenez dès maintenant une photo du sommet de votre crâne, raie au milieu, au même endroit et sous la même lumière. Refaites-la dans trois mois. Si l’écart se voit, apportez les deux photos et la liste de vos traitements à votre premier rendez-vous : votre médecin aura ainsi de quoi juger.