Un Manhattan plus vrai que nature avec Jonas Lenn

Le 3 décembre 2012
Un Manhattan plus vrai que nature avec Jonas Lenn

Manhattan Stories est le dernier roman en date de Jonas Lenn.

Manhattan Stories est l’histoire d’un homme, le Lieutenant Cairn, « flic […] dans une unité spéciale, dédiée aux crimes sexuels ». Non, je ne vous parle pas d’une parodie de la série US « New York, Unité spéciale », mais bien du dernier roman d’un auteur français très talentueux.

S’il s’est inspiré de cette série, c’est seulement pour « le côté humain très réaliste des personnages de cette série » dont il voulait doter son personnage. En effet, nous confie-t-il: « C’est pour cette raison que j’ai écrit que Cairn a commencé sa carrière dans une unité spéciale dédiée aux crimes sexuels. […] Le lieutenant Cairn veut parfois se donner un air de « dur à cuire » à la Philip Marlowe ou à la Sam Spade, mais en réalité c’est une personne pleine d’empathie, très douce, finalement assez mal dans sa peau de « mec ». ».

Fantaisie historique, fantastique, science-fiction, … Jonas Lenn aime à travailler avec l’imaginaire. Dans son dernier roman, c’est sur fond de SF que vient se placer cette « série littéraire en quatre épisodes », comme le définit l’auteur, avec une aura policière.

Si le côté polar est très ressenti dans ce roman du début à la fin, ce qui le rend fort intéressant est le souci du détail de Jonas Lenn pour les décors et les situations ! Comme le fait deviner le titre, l’histoire, plutôt devrais-je dire cette série, à lieu à New York et principalement Manhattan, dans un futur plutôt proche, en 2039. Le souci du détail donc … En effet, sans connaitre New York, lorsque le lecteur lit « Manhattan Stories », il se fait embarquer dans un univers très new-yorkais et découvre, tout au long de l’histoire, des lieux, des quartiers, plus vrais que nature. Si l’auteur n’a jamais mis les pieds dans cette ville, c’est avec fascination qu’il « la parcourt assez souvent grâce aux outils numériques de télé-observation », nous confie-t-il. C’est ainsi que, même s’il s’est permis « quelques grands travaux urbains », le lecteur pourra découvrir, redécouvrir ou reconnaître New York City. Mais alors, pourquoi faire des recherches et tenter de reproduire une ville alors qu’il serait plus simple, du moins plus sûr, d’en créer une autre ? L’auteur a une réponse toute fondée : « Quand l’envie m’a pris d’imaginer des enquêtes criminelles futuristes, plutôt que d’inventer une ville à la manière de Gotham City, j’ai choisi de m’inscrire dans un contexte familier : un futur pas si lointain et une ville réelle. ».

Un roman policier, des décors très réels, mais aussi de la science-fiction. En effet, comme dit plus haut, l’histoire se passe en 2039 de notre ère. Comment Jonas Lenn voit-il le futur ? Un peu comme beaucoup de personnes, le numérique est à son apogée et les voitures sont volantes. Si, dans ses descriptions, on pourrait reconnaître l’univers de Jean-Claude Mézières, le Père de la bande dessinée « Valérian », et par conséquent, certaines scènes du « Cinquième Elément », de Luc Besson, pour lui, « Le film Blade Runner de Ridley Scott est l’œuvre à l’origine de mon envie. Les premières images de ce film ont durablement marqué mon imaginaire. Donc je ne pouvais pas ne pas mettre de voitures volantes […] c’est un hommage. ». Mélanger polar et SF peut-être une nouvelle expérience pour le lecteur, pour l’auteur, « l’intrigue policière est un ressort très puissant pour raconter une histoire. […] Le métissage du polar et de la SF me paraît assez naturel et très fertile. ».

S’il décrit beaucoup New York et Manhattan, il fait aussi, dans une des enquêtes, référence à deux cités virtuelles, « City of Old England » et « Gran Ciudad ». L’auteur ne peut qu’y voir une référence aux réseaux sociaux et il aura tout à fait raison. En effet, pour Jonas Lenn, ces réseaux sociaux sont des faits « assez marquants de l’ère du cybernétique ». Pour lui, avec l’arrivée de cette nouvelle ère de connectivité, « la nature des relations et des communautés change radicalement ». Cependant, comme il s’en défend, il a « essayé de pousser un peu l’idée de tribus modernes dans le contexte des réalités virtuelles. Et plutôt que d’inventer des tribus futuristes », il a « choisi l’antagonisme anglo-espagnol de la fin du XVIème siècle comme référence ».

Ainsi et pour conclure, Manhattan Stories est un roman très intéressant et qui se lit très bien. D’autant plus que le lecteur pourra le lire en plusieurs parties s’il le souhaite puisque, comme l’a souligné Jonas Lenn, « Manhattan Stories n’est pas stricto sensu un roman. Mais ce n’est pas non plus un recueil de nouvelles. Il serait plus juste sans doute de dire que Manhattan Stories, est une série en quatre épisodes racontant les enquêtes du lieutenant Cairn de la police criminelle de New York, en 2039, c’est une série policière à lire ».

Jonas LENN, Manhattan Sotries, éditions Lokomodo, 2012 (1ère publication chez Les Moutons Électriques en 2006).

 

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